- W. A. Mozart: Soave sia el vento (Cosi fan tutte) (arrang. B. Geiger)
- F. Mendelssohn: Romance sans parole
- W. A. Mozart: Dies Bildnis ist bezaubernd schön (Flûte enchantée)
- F. Schubert: Wanderer Fantasie (Extraits)
- F. Schubert: Le roi des aulnes
- F. Liszt: Canzone (Années de pèlerinage, Venezia e Napoli)
- H. Duparc: L’invitation au voyage
- S. Rachmaninov / A. Volodos: How fair the spot
- G. Fauré: Les berceaux
- M. Ravel: Une flûte enchantée (Shéhérazade)
- M. Ravel: Kaddish (Mélodie hébraïque)
- V. Monti: Csárdas
- A. Dente: Dilemme
- V. Williams : The vagabond, Youth and Love (Songs of travel)
- A. Roussel: Krishna
- C. Pépin : The road not taken
Soprano : Cécile Macaudière (1, 7, 9, 10), Xuân-Nam Bui (1). Ténor : Yves Boissonnat (3). Baryton : Guillaume Barralis (1, 5, 14)
Violon : Florence Marcotte (1, 16). Violoncelle : Pierre L’Héritier (1, 2), Isabelle Tristani (1, 16). Contrebasse Bernhard Geiger(1, 12)
Guitare : Arthur Dente (13)
Flûte : Jean-Daniel Boissonnat (1, 10, 11, 15). Clarinette : Pierre Alliez (1, 12)
Piano : Laetitia Alliez (1, 6, 14), Maureen Clerc (3, 4, 12, 15, 16), Dominique L’Héritier (2), Alain Mari (5, 7, 8). Bernard Olivieri (9–11)
Ce concert est une invitation à suivre les musiciens dans leurs voyages. Voyages réels ou imaginaires, heureux ou dramatiques, voyages d’apprentissage, voyages initiatiques, voyages de découvertes et d’aventures, pèlerinages aux sources d’inspiration, chants des poètes voyageurs… Le concert fera entendre des œuvres vocales et instrumentales d’une longue lignée de musiciens voyageurs de Mozart à Camille Pépin, en passant par Mendelssohn, Schubert, Liszt, Duparc, Ravel, Williams, Dente et Roussel.
Le concert s’ouvre avec un air de Mozart extrait de Cosi Fan Tutte (1791). Mozart est l’archétype du musicien voyageur. Durant sa courte vie de 35 ans, il a passé plus de dix ans sur les routes: il a 6 ans lorsqu’il quitte Salzbourg pour son premier voyage à Vienne et son dernier voyage le mène à Prague en 1791. Entre-temps, il a parcouru presque toute l’Europe. Cosi Fan Tutte est un opéra buffa qui s’inspire de la comédie napolitaine. Le trio Soave sia el vento met en scène deux sœurs accompagnées d’un ami qui sont venues souhaiter bon voyage à leurs deux fiancés qui partent en mer. En réalité c’est un piège à l’origine de l’intrigue et des jeux amoureux de l’opéra.
Mozart encore avec le grand air de Tamino dans la Flûte enchantée. Le plus populaire des opéras de Mozart est à la fois un conte enchanté et un voyage initiatique jalonné d’épreuves, entre ombre et lumière.
Lise Cristiani (1827-1853) est une virtuose et aventurière française, reconnue comme la première femme violoncelliste professionnelle de l’histoire de la musique. Ne se contentant pas des salons européens, elle traverse seule la Sibérie et joue dans des conditions extrêmes. Après l’avoir entendue, Mendelssohn (1809-1847), autre grand musicien voyageur, lui dédicace Romance sans paroles, sa seule pièce pour violoncelle.
Ni aventure, ni découverte de nouveaux mondes, le voyage de Schubert (1797-1828) est une errance intérieure aux accents désespérés dont Schubert tire une musique tragique et sublime comme Le Voyage d’hiver et la Wanderer Fantasie. Autre chef d’œuvre absolu, le Roi des Aulnes, avec sa chevauchée hallucinée, renvoie au voyageur éperdu que fut Schubert.
Liszt (1811-1886) est le grand musicien voyageur par excellence, parcourant l’Europe comme Mozart 100 ans plus tôt et jouant sur toutes les scènes européennes. Mais Liszt n’est pas qu’un virtuose à la carrière internationale. Les voyages sont aussi pour lui une grande source d’inspiration comme l’attestent les Années de pèlerinage, un des sommets de la littérature pianistique. Dans son pèlerinage en Italie, Liszt recherche l’inspiration de Raphaël, Michel Ange, Dante et Pétrarque, mais il est également sensible à la musique populaire italienne qu’il évoque dans le supplément Venezia e Napoli dont est extrait la Canzone (1860).
Henri Duparc (1848-1933) n’a que 22 ans lorsqu’il met en musique, en 1870, le célèbre poème de Charles Baudelaire, L’invitation au voyage. Ce poème évoque un ailleurs fantasmé où “tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté”. Un rêve bien éloigné de la réalité tragique que vivait Duparc avec le siège de Paris, les rationnements, l’hiver exceptionnel de 1870 et les bombardements prussiens. Néanmoins, le voyage imaginaire du musicien rejoint celui du poète pour donner naissance à l’une des plus belles mélodies françaises.
Sergeï Rachmaninov (1873-1943) connaîtra le chaos de la révolution bolchevique et ses voyages sont plutôt des exils. Il quitte la Russie pour Dresde, puis Paris et enfin les Etats Unis où il se fixera et ne composera presque plus, accaparé par son activité de pianiste virtuose. How fair the spot est au départ une romance pour voix et piano écrite en 1904, avant que Rachmaninov ne quitte la Russie : le voyage est encore innocent. Nous entendrons la transcription pour piano d’Arcadi Volodos.
Les Berceaux est une mélodie de Gabriel Fauré (1845-1924) composée sur un poème de Sully Prudhomme. Il évoque le départ des marins qui s’éloignent sur la mer tandis que restent sur le quai les berceaux que balancent les femmes. Gabriel Fauré en a tiré une mélodie lancinante accompagnée au piano par des arpèges qui suivent le balancement des berceaux et les vagues de la mer avant de prendre un tour dramatique pour décrire le désarroi des femmes.
Maurice Ravel (1875-1937) a peu voyagé (tout comme Debussy) mais sa musique a beaucoup été influencée par les musiques d’Orient et d’Europe de l’Est comme le montrent les deux œuvres du programme. On retrouve le goût de Ravel pour l’exotisme et le raffinement mélodique. Dans Kaddish, Ravel met en musique une prière juive de la liturgie des morts. Voyage à double sens, dans son évocation de la cantillation juive et du voyage sans retour.
L’Europe de l’Est est également présente avec la Czardas de Vittorio Monti (1868-1922), compositeur napolitain, dont l’œuvre la plus connue est sa Czardas, une danse hongroise, bien connue aussi des folklores tzigane et slave, qui a également inspiré Paganini et Brahms.
Moderne et multiculturel, issu de l’immigration, Arthur Dente est un guitariste et compositeur contemporain qui exprime le déracinement, la nostalgie incurable, mais aussi la dynamique positive issue du mélange des cultures.
Songs of Travel (Chants du voyage) est un livre de poésie de Robert Louis Stevenson (1850-1894), grand voyageur et auteur de récits de voyages et de romans d’aventure lus dans le monde entier. Le cycle des Chants du voyage a été mis en musique par le compositeur britannique Ralph Vaughan Williams (1872-1958) entre 1901 et 1904.
Marin formé à l’École navale, Albert Roussel (1868-1937) servira quelques années dans la Marine nationale et ses nombreux voyages seront une source d’inspiration pour ses œuvres musicales. Krishna, fait référence au Dieu Krishna, éternel adolescent et merveilleux joueur de flûte. Roussel y déroule une évocation envoûtante de la musique du Nord de l’Inde qu’il a visité en 1909 et où il s’est marié.
The Road Not Taken est un poème célèbre de Robert Frost (1874-1963) qui évoque le thème du voyage comme une image des choix de la vie: Two roads diverged in a yellow wood. And sorry I could not travel both. Le trio de Camille Pépin, jeune compositrice française, écrit en 2018, met en musique de manière somptueuse le poème, combinant lyrisme et musique rythmique répétitive.
Ce concert est organisé par l’Association Callian au Fil du Temps avec le soutien du service culturel de la mairie de Callian.